KASABIAN PARADISE

Interview | Kasabian – Tom Meighan – 2014

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En ce doux mercredi matin, nous nous sentons très chanceux de rencontrer Kasabian car ces messieurs ont un agenda extrêmement chargé ces jours-ci. De l’extérieur, on pourrait penser à un rendez-vous tranquille entre personnes discutant tranquillement autour de café et chocolat chaud. Nous sommes sur une terrasse, assis sur des chaises de bois, le soleil brille et les oiseaux – et Tom – chantent. Les Kasabian ont tout juste terminé d’enregistrer une session acoustique, pendant laquelle Serge a exhibé son costume de squelette. A présent tout le monde a quitté le studio improvisé pour donner des interviews.

De la promotion d’un album

La promo d’un album et la préparation de sa sortie et de la tournée sont toujours une machine compliquée mais il semble que cette fois ce passage obligé soit particulièrement dingue pour tout le monde, comprenant des sessions promo longues, faisant commenter Tom juste avant qu’il ne récupère son manteau auprès de l’attachée de presse (« merci, ma très chère, merci !« ) : « En fait, on a eu une putain de longue journée hier« . Comprenez par là (et pas forcément dans cet ordre) un soundcheck très poussé, Berlin, et maintenant un jour de promo, le tout avant un concert le soir-même au Bataclan.

Tout d’abord, nous discutons d’emplois du temps, du temps et de toutes les choses desquelles on bavarde autour d’un café, avant bien entendu d’évoquer le concert.

Un concert très particulier, puisqu’annoncé comme un showcase très spécial, à Paris et non au Royaume-Uni et bien entendu la promesse que de nouvelles chansons seraient jouées. Ce n’est pas tout à fait la première fois que Kasabian jouent de nouvelles chansons en concert avant qu’elles ne sortent officiellement : ils ont joué plusieurs concerts dont un à la Maroquinerie (voir nos photos ici) avant que Empire ne sorte ; ils ont aussi joué Fast Fuse (dans une version différente) et Thick As Thieves au Royaume-Uni bien avant la sortie de West Ryder Pauper Lunatic Asylum (quelques photos du concert de Lincoln ici) et Fire de la même façon un peu après. Parlant de la France, à part des premières versions live (comme la magnifique Secret Alphabet au Radiant de Lyon), Julie & The Mothman a été présenté en exclusivité au Bataclan en 2009 avant la sortie du single. Donc nous sommes effectivement chanceux dans le pays et cette fois particulièrement puisque Paris sera la première ville de toutes, ce qui promet un événement très spécial. Dire que nous sommes aussi heureuse et fières que des mères n’est pas très éloigné de la réalité. Et oui, Tom, nous allons au concert ce soir.

Version album, version live

Tom, à ce moment, est un peu contrarié et désorienté, car il craint que les gens n’entendent des versions live pourries du concert avant d’entendre les versions studios des nouvelles chansons : « Putain, la seule chose qui me rend fou furieux, tu sais… on joue trois nouvelles chansons et les gens vont les enregistrer, bordel. Ca me met vraiment en colère. J’ai dit à Serge : ‘Je veux que les portables des gens soient confisqués’. Je suis sérieux, hein. Je veux dire, ce n’est pas sorti, l’album ne sort pas avant juin, vous savez, je n’aime pas ça, c’est trop tôt pour ça… Putain, ils vont les enregistrer, bon sang de bordel… Je le sais, je l’ai dit à Serge, mais qu’est-ce qu’on peut faire ? Ca sera sur YouTube ce soir, en environ cinq minutes… Personne n’a plus de patience. » Peut-être si on le disait clairement aux gens ? « Vous pensez que les gens vont écouter ? Y’aura toujours quelqu’un… » Tom semble vraiment en colère et on essaye de lui expliquer que si, des gens écouteraient, par respect pour le groupe. Peut-être pas tout le monde mais tous les gens ne partageraient pas tout sur YouTube. Tom ajoute : « Parce que tu veux écouter le disque avant d’entendre la version live, vous voyez ce que je veux dire ? C’est vraiment ça la question, vous savez. C’est juste pas possible« .

Tom décrit le nouvel album, 48:13, titre par titre

Parlant album, au-delà de notre écoute, nous serions très reconnaissants que Tom nous décrive chaque chanson en quelques mots, ce qu’il fait gentiment après avoir sorti le petit discours promo d’usage : « Bon, tout d’abord on voulait appeler l’album 48:13 parce que c’est facile ». A ce moment, il est amusant de noter que Tom prononce « easy » avec un accent plus londonien pour bien le distinguer de « eez-eh » avant de retourner à son accent si particulier issu de Leicester qui rend tout le monde cinglé avant qu’on ne l’adore. « C’est vraiment simple, car avec Velociraptor!, West Ryder, on devenait dingues que les gens nous posent sans cesse des questions sur le titre de l’album, vous savez : ‘pourquoi ?’, on ne pouvait plus le supporter. Je voulais l’appeler ‘Volume 5‘ mais Serge a dit non, du coup c’est la longueur de l’album. C’est la première chose à savoir, ça c’est fait. Ca fait sens, hein ? »

« (shiva) »

« Bon, en fait c’est… comme un putain de volcan prêt à exploser… Gagnant encore et encore en intensité puis ‘bang’ ! C’est un interlude, on n’en avait pas fait depuis le premier album, c’est bien. » « C’est un peu comme ID« , il ajoute, « tu vois ce que je veux dire ? Cet album possède un bon nombre de références au premier album, de l’electro et d’autres trucs et les interludes. » Un peu comme du Kasabian old school mais pas seulement : « Ca sonne comme si nous étions un nouveau groupe tout frais, mais pas comme si c’était notre premier album à nouveau, ça sonne plus comme si nous n’avions plus peur du tout, vous voyez ce que je veux dire ? »

« bumblebeee »

« Bumblebeee est pour les gens qui ont grandi avec nous et sur ce que les gens nous ont fait ressentir. ‘We’re in ecstasy’ Vous avez écouté Bumblebeee ? » Oui. « C’est fou, c’est complètement fou, c’est ma préférée. C’est cool, mélodique, tellement mélodique. Sur cet album, on a doublé les voix, ce qu’on n’avait jamais fait auparavant, de manière à les rendre plus chaudes. C’est vraiment dense. Bumblebeee était un message pour remercier les fans, pour être là avec nous depuis dix ans, vous savez, comme l’expression de notre admiration : vous avez grandi avec nous, on a grandi avec vous« .

Vous pensiez déjà au dixième anniversaire quand vous l’avez écrit ?

« Non, pas vraiment, mais on dirait oui »

« stevie »

Ca s’appelait Kid à l’origine, non ?

« Oui. Je pense que stevie sonne mieux car ça pourrait être n’importe qui. Maintenant j’ai un ami qui pense que ça le concerne. En fait ça pourrait être lui… C’est probablement une de mes préférées de l’album. Putain c’est… Vous avez écouté stevie, hein ? C’est l’hymne le plus puissant qu’on ait, probablement plus for que Fire. La réception va être tellement énorme. ‘And all the kids say they will live to find another day‘, c’est juste intense, c’est à propos de lui. A propos de ce type qui a besoin d’aide, qui a besoin de médicaments, vous voyez ce que je veux dire ? Demain est un autre jour et tu vas vivre pour trouver un moyen… Les gosses tous scotchés à leur putain de traitement… Après ça donne quelque chose comme… Un vol au-dessus d’un nid de coucou ».

« (mortis) »

(il chante la mélodie) « Quand serge m’a montré ça… en fait, c’est un interlude, ça sonne comme un vieux cartoon Disney des années 40. Il n’y a pas de paroles dedans, c’est juste un petit interlude, avec une guitare accrocheuse… Je ne peux pas vous le décrire, ça sonne simplement… ça sonne bien, si ça peut avoir du sens« .

« Doomsday »

« C’est un peu comme les Doors, mais putain ça sonne tellement bien, les paroles, le refrain ça donne : ‘What you see is what you get from me / What you see is what you get’. C’est un peu comme danser sur les tombes des gens, vous voyez ce que je veux dire ? C’est le dernier jour de nos vies, donc c’est un peu excentrique, mais génial« .

« Treat »

…parle de mon jumeau maléfique, Serge et moi nous regardant l’un l’autre dans le miroir. Il y a de gros beats électroniques et un refrain, et des ponts… tout dans ce titre… Vous devez absolument l’écouter… Treat est vraiment à propos de mon jumeau maléfique. C’est vraiment prétentieux et c’est assez drôle. Il y a du caractère dedans. Il y a un passage où Serge dit ‘I think we separate deep in Leicester / How could you ditch me in the state I’m in?’…c’est vraiment lui et moi nous regardant l’un l’autre, c’est bon »

« Glass »

…est exceptionnelle, ‘Glass’ est assez… Quand Serge m’a montré ça, j’ai pensé que le refrain était magnifique, putain de génial, je pense que c’est tellement bon que… (il se met à chanter)  ‘Save me, oh come on and save me / In this world’ et après ça repart avec la batterie, c’est juste… ‘wow », une des meilleures chansons qu’on ait jamais faites. »

Qui est la personne qui chante à la fin ?

C’est un poète. Vous devez demander à Serge car je ne me rappelle plus son nom » (depuis, on a trouvé, il s’agit de Suli Breaks)

« Glass est… vraiment, il y a tellement de sentimentalisme dedans mais, quand je l’ai entendu la première fois, Serge me l’avait montrée au piano ‘Are we made of glass ? / Tell me, I wanna know I’m not alone’ ça sonne… oui, c’est vraiment magnifique. Je pense que nous ferons ça sur scène en fin d’année, on trouve un piano et Serge fait ça… Glass est extraordinaire. »

« Explodes »

« …est comme…comment est-ce que je pourrais vous l’expliquer ? Ecoeuré de tous, écoeuré de tout, fatigué… Putain j’en ai ras le bol de l’information, des tonnes d’informations dans ma tête. C’est de la pure électro, ça sonne, je ne sais pas, ça sonne comme des répercussions… (il imite le son) Ca gronde et craque, avec des beats hip hop and ça sonne très, très précaire, vous voyez ? Pas bien certain de savoir ce qu’il se passe, vous voyez. Les paroles sont très effrayantes, même hantées, pas des paroels très sympa en fait. C’est très sombre, ce morceau. »

« Levitation »

« C’est un autre interlude »

Donc ça fait trois.

« C’est psyché. C’est un petit interlude, comme un mini-titre psyché« .

« Clouds »

« Je ne sais pas comment vous le décrire. Ca me tue complètement, c’est un peu David Bowie. »

Vraiment ? Quelle époque ?

« Les années 70, oui. Un peu à la Diamond Dogs, vers 73 ou 72. Le refrain est génial, très beau… (il chante) ‘Cause where else do you go / When you’re underneath the rainbow‘. Putain c’est fantastique, vous allez adorer ça. Vraiment une touche à la Bowie. Il y a aussi des couplets à la Nirvana, et puis le refrain c’est vraiment Bowie. »

« Eez-eh »

« Vous avez écouté eez-eh, n’est-ce pas ? C’est un petit du foutage de gueule de notre part, vous savez ? Et… Ca sera énorme, pourtant. C’est électronique, agressif. Les gens sont là ‘Putain qu’est-ce que c’est que ce bordel ?’ On a aussi de bon retours pourtant. C’est catchy. En quelques mots, sortir un single comme ça attire l’attention. Ca dure trois minutes et c’est instantané : ‘bang bang’. Vous avez vu la vidéo ? C’est partout, et c’est sur Kasabian.co.uk. »

« Bow »

« …est vraiment belle. Ca parle de laisser partir un ami, c’est très profond. Vous devrez poser la question à Serge à propos de ça car je ne peux pas répondre pour lui. » Petite pause de Tom, qui parlera brièvement de S.P.S. (« Scissor Paper Stone, écrite à mon sujet« ) avant de se raviser et continuer sur Bow : « Bow, sinon, est une chanson très, très sérieuse… vraiment belle… c’est à propos d’un frère à qui il dit au revoir… vous devez l’interroger à ce propos. »

« SPS »

 » ‘Scissor Paper Stone’ avec comme des criquets en arrière-plan, comme si vous vous asseyez… je ne sais pas, dans un ranch ou quelque chose du genre… près d’une rivière ou d’un lac la nuit et observez les étoiles. Ca a vraiment été écrit pour moi, c’est à propos de lui et moi. Ce qui est charmant. »

Kasabian, bees and the future

Evidemment, comme le concert n’est pas encore passé, on demande à Tom ce qu’il joueront le soir parmi les nouvelles chansons. bumblebeee, eez-eh. Pas mal de gens se sont inquiétés, pendant que ce ne serait qu’un showcase : « Ce sera un concert normal, oui oui, où on inclut de nouvelles chansons. Mais un concert normal. On a rafraîchi nos anciennes chansons, on a fait de nouvelles choses avec eux, ce qui sera amusant. On a pas mal de choses différentes. »

De nouveaux arrangements ?

« Oui, des tas car sinon ça devient ennuyeux. On pourrait s’ennuyer. Je le jure devant Dieu, ce sera formidable. Mais nous jouons bumblebeee et eez-eh ce soir, deux nouvelles chansons, je pense que c’est déjà pas mal, vous en pensez quoi ? Imaginez qu’on en joue cinq, ça serait juste dingue. Two c’est parfait, deux c’est bien… Et on joue Me Plus One, on a ressorti celle-là. On a ressorti Running Battle aussi, du premier album« .

Oui oui, on sait, et vraiment merci (en plus on est particulièrement fans de celle-là, ça tombe bien). Spoiler time. On évoque toujours les nouvelles chansons et Tom annonce : « Quand on fera Glastonbury on en jouera 4. 4 nouvelles chansons. On fera stevie à Glastonbury, eez-eh et bumblebee. On pourrait aussi en faire une autre d’ici là, mais l’album sera sorti… On pourrait faire Treat du coup. »

On l’espère aussi ai Rock dans tous ses états, mais ça on le garde pour nous. Tom poursuit :

« Peut-être que c’est mieux de tout découvrir petit à petit sur scène, pas trop à la fois. Changer constamment et en ajouter. Deux pour le premier soir c’est bien. Et puis le fait de le faire ici… »

Merci infiniment de faire ce concert…

« Cool. Oh, mais c’est notre manière de vous dire merci pour être là, tu sais. »

Quand même, le public français était agréablement surpris et reconnaissant d’avoir la primeur du premier concert.

« C’est sympa. Vous savez si c’est une bonne salle ? »

Oui. Carrément, et vous y avez déjà joué deux fois avec succès.

On aperçoit l’attachée de presse plus loin et avant même qu’on ait le temps de s’inquiéter de l’heure, Tom demande gentiment : « On peut encore avoir 5 minutes ? » Du coup, on l’interroge sur la pochette de l’album : « La rose ? Celle-là, oui… En fait, on ne voulait pas faire une pochette blanche ou une pochette noire avec juste ‘Kasabian’ dessus. Putain, on a du rose et on voulait que ça ressemble à un album punk. Toutes les chansons sont un seul mot et on a pensé : ‘bordel, c’est ça’. Le livret est génial, vous allez adorer. C’est à ça qu’on a pensé. Ca se tient et… le livret est fantastique. »

Et c’est tout rose ?

« C’est tout rose. Tout rose, oui. Rose et noir. Il y a de très beaux clichés dedans. »

Là on ne peut pas s’empêcher de charrier un peu : et est-ce que vous serez habillé en rose et noir sur scène ?

« Non, non. » Sérieux d’abord, il nous regarde et nous sourit en retour, ayant compris qu’on blaguait.

Désolée, fallait que je la fasse.

« Et cette salle où on joue ce soir, il peut y faire très chaud, c’est ça ? Tu dois faire un peu attention ? »

Oui.

« Parce que j’aurai probablement mon manteau… »

Sur scène ? Oh non, non, non, tu va mourir !

« Aucune chance… De toute façon, rester droit et être brave. »

Donc le livret est toujours secret et bien sûr, la pochette n’est pas un leurre : « C’est la vraie. Ca ressemble à un leurre. Il y a plus à l’intérieur, quand tu l’ouvres et que tu regardes, tu verras par toi-même. »

Alors qu’il nous parle, Tom commence à esquisser un dessin pour le dixième anniversaire de notre site, Kasabian’s Paradise (en fait c’est l’an prochain, mais on ne va pas chipoter). Il rit un peu : « Je pense que vous allez adorer… Je pense que oui de toute façon. » Alors que nous discutons au sujet d’amis et de boisson, il décrit ce qu’il ébauche : « (gestes vers le dessin) C’est moi avec mon long manteau, vous voyez… et une cravate… » On se renseigne. Oui, de temps en temps, il peint encore : « Ca m’arrive, quand j’ai le temps, parce que j’ai une toute petite, tu sais… (désigne le dessin) ET est debout sur une chaise, ou un tabouret car il est court sur pattes… » Une pause. « Oui, je voulais vous dire… si vous dites aux gens de ne pas filmer ils le feront quand même, donc je peux dire quoi ? » On reprend ce qu’on disait là-dessus mais Tom reste très fataliste à ce sujet : « Mais ça va arriver« , avant de terminer son dessin : « Attention… (il rit) Oh Dieu du Ciel… j’ai fait de mon mieux. Vous allez le mettre sur le site, hein ? C’est moi, et ET, ça fait froid dans le dos. »

Voilà le chef-d’oeuvre (merci Tommy) (cliquez dessus pour le voir en plus grand) :

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On échange des mercis et des câlins avant que Tom parte vers les étoiles. Pas « d’alligators dans les égouts » ce soir, mais néanmoins une alchimie fonctionnant à merveille.

 

Découvrez les photos prises pendant l’interview de Tom :

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Découvrez aussi les photos de Kasabian au Bataclan et la review :

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