KASABIAN PARADISE

Interview | Kasabian – Tom & Serge – 2011

Interview avec Tom et Serge : « Les studios sont vraiment inconfortables. Nous n’avons jamais aimé ce truc bon pour les années 80.« 

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– par Delphine VAN BRACKEL et Hélène SANTI, photographies : Delphine VAN BRACKEL –

Nous avions eu l’occasion d’une preview des titres de Velociraptor! grâce à quelques concerts warm-up au niveau international et grâce aux festivals en France. Après une prestation assez époustouflante de leur part au festival Beauregard, nous avons eu la possibilité de rencontrer Tom et Serge à Paris afin de s’entretenir avec eux sur leur nouvel album à sortir prochainement. Bonne ambiance dans un salon calme et deux grands bavards en face de nous. Résumé de la conversation.

Delphine – (après les félicitations d’usage quand on s’est vu offrir un concert aussi bon que celui d’Hérouville Saint-Clair) Vous avez quelques concerts prévus en France, notamment un à Paris en novembre dans une grande salle, le Zénith.

Serge – Oui c’est grand.
Tom – Quatre ou cinq mille personnes, comme Brixton.

Hélène – …et nous nous demandons si vous allez continuer à jouer dans des salles plus petites comme vous avez fait auparavant [ndlr : cette question nous a été suggérée par les « mécontents du format Zénith » ;) ]

Serge – A vrai dire, oui ! On devrait en faire quelques-uns, car nous l’avons fait en Angleterre, dans les années 2000, et c’était génial. Donc on devrait en faire quelques-uns, oui. Mais bon, s’il y a un grand nombre de personnes qui veulent te voir, ça n’est pas très juste de faire seulement des petits concerts. Tu as juste à accepter les règles du jeu. Mais on fait ça en Angleterre, on essaye de faire les deux, on essaye toujours, faire de petites dates pour commencer et ensuite faire les grandes salles. Et si on atteint cette taille en France on fait la même chose, d’abord les petites salles et ensuite les grandes. Car nous aimons toujours jouer dans les petites, vous voyez ce que je veux dire, c’est spécial.

Delphine – Oui, je me souviens bien du Trabendo…

Serge – C’était tout petit, le concert le plus dingue qu’on ait fait à Paris.

Delphine – Et, parlant live, j’aimerais bien vous demander quelque chose. Quand vous avez joué The Doberman, Tom faisait des gestes avec ses bras (séance mime de la vague de bras) [ndlr : à partir du festival Papillons de nuit sur la précédente tournée], comme une vague dans la foule. La première fois, c’était lors d’un festival en mai 2010, en France (Papillons de Nuit, sacré souvenir aussi au passage). Je me demande d’où t’est venue une idée du genre, Tom.

Tom – (fait visiblement de gros efforts pour se rappeler) A vrai dire, je ne sais pas.
Serge (petit air amusé, le regarde) – C’est vrai, d’où tu l’as sorti ? D’où est-ce que ça vient ?
Tom – Je ne sais plus, ça m’est venu comme ça. Je n’arrive pas à me le rappeler. C’est sympa, ça part d’un mouvement de mes bras, vous voyez…
Serge – C’était génial quand on le faisait.
Tom – (réfléchit toujours) Tout ce dont j’arrive à me rappeler est que j’ai vu un groupe européen le faire.
Serge – Quand tu l’as fais à T in the Park [festival anglais], c’était juste dingue, formidable. Quand on regarde ça de la scène, c’est incroyable.
Hélène – C’est comme un champ de maïs.
Serge – Oui, c’est comme un champ de blé. Complètement fou.
Tom – C’est magnifique, comme une marée, n’est-ce pas ?
Serge – Quand tu parviens à transporter autant de gens, c’est magnifique.

Tom explique alors à Serge combien la chanson était parfaite pour ce geste précis.

Hélène : Donc, vous avez terminé la tournée, être rentrés chez vous et avez commencé à enregistrer. Comment vous sentiez-vous ? Aviez-vous des idées et de l’inspiration ?

Serge – On se sentait plutôt bien. Tout est allé très vite, on est juste rentrés à la maison, pris quelques mois, avons enregistré l’album et puis nous avons pris l’avion pour San Francisco. Tom a enregistré les voix et ensuite on a mixé l’album là. Tout était quasiment fini en l’espace de six mois. Il y avait quelques chansons qui étaient en stand-by et le reste est venu aussi facilement.
Tom – C’est vraiment les paroles que tu as écrites le plus rapidement.
Serge – Oui, vraiment rapidement. Mais c’est de qualité, ça ne sonne pas comme si ça avait été fait aussi vite.
Tom – Il a dit « J’ai toutes ces conneries, améliorons ça’. Ca s’est vraiment fait dans le prolongement de West Ryder.

Hélène : Tu écris pendant la tournée ?

Serge – Non, je n’écris pas tout le temps. Ca n’est pas vraiment le bon endroit pour ça, la tournée c’est vraiment un truc à part. Les seuls trucs qui viennent parfois sont de l’acoustique, comme une ballade ou quelque chose comme ça. Donc, pas jamais mais pas vraiment, j’attends d’être à la maison pour m’exprimer.

Delphine : A propos de l’enregistrement, vous être allés à San Francisco, une ville qui symbolise la liberté pour certaines personnes [ndlr : je songeais aux communautés hippie des années 60-70, après tout ils s’appellent Kasabian]. Avez-vous ressenti ça sur place ? En quoi était-ce différent d’être à la maison à Leicester ?

Serge – Tu sais, c’est juste là où Dan travaille… On l’a tous les deux ressenti comme ça, c’est sympa de quitter l’Angleterre et aller ailleurs libre loin de tous. Bien entendu, San Francisco est un endroit mais ça n’est pas comme si on ressentait le besoin d’y aller, comme on pourrait aller en Jamaïque ou à New York, on choisit toujours des endroits différents. San Francisco est un endroit formidable. Le studio de Dan s’y trouve, il y mixe les disques. Mais oui, je pense que ça nous a apporté quelque chose de bien quand même, je ne peux pas dire le contraire, ça marque forcément…
Tom – On s’est fait quelques amis là-bas…
Serge – C’est vrai. Ca agit forcément sur nous, je ne sais pas.
Tom – Pour le prochain album, nous irons probablement autre part que San Fran, probablement quelque part en Angleterre.

Delphine : Et travailler avec quelqu’un d’autre ?

Serge – C’est un peu trop tôt pour le dire. Ca dépend. Je veux dire, j’ai bien aimé San Francisco parce que… je ne pourrais pas aller quelque part où il y a trop de choses à faire, car tu oublies pourquoi tu es là. Si tu vas à New York – oui, ça serait chouette – ou Los Angeles, tu n’y fais que de la merde, tu sais que tu vas sortir tout le temps. C’est bien pour une semaine mais tu perds la tête si tu y vas pour terminer le travail. C’est un peu la même chose à Londres, il y a trop de gens, d’amis.
Tom – La France pourrait être bien, non ?
Serge – Oui, un « château » [ndlr : en français dans le texte] en France comme dans Exile on main street, ça pourrait être génial.
Tom – Ca serait vraiment sympa, oui.

Delphine – Et pourquoi enregistrer cette fois encore isolés, après avoir testé la Ferme, dans un 2e endroit équivalent ? Vous avez besoin d’espace libre autour de vous ?

Serge – Oh, 80% de la musique a été enregistrée chez moi et ça a toujours été ainsi, tout a démarré là. C’est sympa de sortir du lit et juste aller s’asseoir à l’étage en-dessous sans penser qu’on est au travail. Les studios sont des endroits inconfortables, vraiment. Nous n’avons jamais aimé ça, le studio c’est un peu un truc des années 80.

Delphine – A propos de l’album, tu as dit que c’était comme un jukebox, mais quelle est la connexion entre les chansons de cet album ?

Serge – L’histoire du jukebox… Juste que ce sont de très bonnes chansons. C’est le concept le moins compliqué qui soit. Nous avons fait ça : nous avons fait un voyage auparavant, c’était incroyable mais nous ne voulions pas refaire la même chose. C’est, chanson après chanson, de très très très bonnes mélodies, l’une après l’autre.C’est quelque chose de très simple et c’est vraiment ce que je veux dire avec cette idée de jukebox. Quand tu le mets en route la nuit, vers six heures du matin ou quelque chose comme ça, tu es juste là « wow, cette chanson est géniale » et encore « wow je ne peux pas croire que ces chansons soient… » Imagine que tu aies un disque qui fasse ça et que tu n’as même pas à presser le bouton « au hasard » car tu n’as envie d’écouter qu’un morceau ou deux du genre, tu n’auras qu’à écouter chacun puisqu’ils sont tous différents et géniaux ; ça donne une idée de l’ensemble de l’album. C’est ambitieux car ça signifie que tu dois changer et quand tu changes tu prends le risque de ne pas être aussi bon que tu l’es dans un autre genre. Mais nous avons fait ça, on s’en est sortis car je pense que chaque chanson, malgré qu’elles soient toutes différentes, sonne assez bien.

Delphine : Et donc il n’y a aucune connexion entre les chansons ?

Serge – Juste leur qualité, vraiment, elles sont juste bonnes. (il rit) ça semble bête mais c’est ce type de connexion.

Delphine – Même pas sémantique ?

Serge – (sourit d’un air malin) Il y a une atmosphère, ça c’est sûr, comme une énergie positive qui fait te sentir bien. C’est vraiment positif, comme « allons sur la Lune aujourd’hui », descendons la rue, mais marchons. Ou comme John dans Saturday Night Fever, tu vois ce que je veux dire ? Ce genre de choses te donne des ailes.

Hélène – Dans le NME (un numéro du mois de juin), tu parlais d’un blocage dans l’écriture qui pourrait certainement arriver dans le futur. Tu y penses souvent ?

Serge – C’est là, dans mon esprit. Ca arrive à tout le monde, même aux meilleures plumes de tous les temps. Ce que j’entends par là est qu’il n’y a pas de formule. Tu peux chercher longtemps après cette formule magique qui te permet d’écrire des tubes ou de très bonnes chansons, personne ne sait vraiment. Même les gens absolument géniaux, comme Paul McCartney, absolument génial, il ne pourrait pas te dire maintenant comment écrire un tube ou n’importe quelle bonne chanson, parce qu’il n’a jamais su. Et c’est ce qui est génial à propos de ça, qui te fait te lever un peu mieux le matin, car personne ne sait vraiment comment ça marche. Mais cela ne me met pas la pression car je n’y pense pas trop.

Delphine – Et à quoi ressemble la pochette de l’album ?

Serge – Elle est incroyable. Elle a été faite par un homme qui n’avait jamais fait ça auparavant, un designer de mode, enfin pas exactement, c’est un artiste. Il s’appelle Aitor Throup, il est incroyable. Le concept entier derrière ça, tout ce qu’on a pu ajouter de spécial, ça va tout changer, ça forcera les gens à s’y pencher, car les gens ne se soucient plus des pochettes à présent. Cela fera prendre conscience aux gens que nous si, car on les embarque dans quelque chose d’unique et différent ; ça sera incroyable.

Voici la pochette de l’album :

Kasabian - cover artwork - Velociraptor! album sleeve - 2011 september 29

Découvrez les photos prises pendant l’interview :

kasabian-interview-tom-meighan-2011-paris-july-velociraptor-part-2

L’équipe de Kasabian’s Paradise remercie infiniment Tom & Serge, et Sony BMG, pour leur temps donné et leur gentillesse.

© Kasabian’s Paradise – Merci de ne pas vous servir des photos et textes ailleurs, faites plutôt un lien vers notre page, merci :).

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