KASABIAN PARADISE

Kasabian – 48:13, à quoi ressemble le nouvel album ?

kasabian-album-48-13-4813-2014-s

– texte par Alan Van Brackel, mais on y a réfléchi ensemble en écoutant l’album avant le Bataclan.

Pour la description de chaque chanson par Tom Meighan de Kasabian, je vous renvoie à notre interview avec lui.

Niveau concept, on se retrouve avec une pochette rose, ce qui a fait dire à ma chère Hélène « ça y est, c’est leur pochette punk« , intuition confirmée par Tom lors de l’interview. Un minimalisme revendiqué par le groupe, qui déclare à qui veut l’entendre que « moins, c’est plus« . Un propos assez inhabituel chez Kasabian, le type de groupe à mettre de la littérature sur leur scène en très gros pour ne citer que cela (Luna boys tour). On se retrouve en tout cas avec une pochette d’un rose agressif et chaud (teinte « hot pink« , si vous voulez repeindre votre salon), très « dans ta face » (on parle de Kasabian donc pas très surprenant non plus) et des tas de chiffres dessus. La durée de chaque titre, la durée de l’album. On ne va pas extrapoler pendant cent ans sur tout cela, je pense que le mieux est que chacun s’en fasse son idée et s’approprie le truc et écoute la musique, ce qui semble être le but de l’opération (moins de bla bla, plus de propos direct).

Le titre de l’album maintenant… 48:13, comme la durée totale de l’album (même si sur CD cela ne s’affichera pas de la même manière… à cause des contraintes du disque). Pas grand-chose à en dire de plus à part peut-être pour les tarés dans mon genre biberonnés au Caméléon et ayant rédigé 300 600 pages sur le sujet juste pour le fun en portant attention aux noms et aux nombres tout le long (sera en ligne à l’occasion à nouveau sur Onyssius). Sachez donc que quand on additionne les chiffres de ce titre (4+8+1+3), on obtient 7, soit un chiffre vu comme magique (je vous renvoie vers wikipedia mais un bon dictionnaire des symboles fera aussi le boulot de manière plus complète). En associant 48+13, on obtient 61 et 6+1=7. Pas sûr que ce soit fait exprès mais comme je n’avais rien d’autre à signaler sur le sujet à part cette coïncidence, vous pourrez toujours vous la péter dans les réunions en expliquant que le nouvel album de Kasabian a une aura mystique. Dans l’ésotérisme, pour aller vite, le 7 est l’association du 4 (premier chiffre de ce titre), symbole de la Terre et de la matière, et du 3 (symbole du ciel et de ce qui est spirituel). Le 7 est donc « la totalité manifestée en mouvement ». Sans parler de la conception septénaire de l’Homme. Je pourrais aussi vous parler très longuement du 8 et du 1. De quoi potasser cet été, ne me remerciez pas, c’est de bon coeur. Eh wé. Cette parenthèse ésotérique refermée, parlons donc musique…

(shiva)

Comme les parenthèses l’indiquent, il s’agit d’un instrumental, dont la première version a été utilisée pour l’un des happenings du designer Aitor Throup, New Object Research, à la London Men’s Fashion Week 2013 :

Le sous-titre était alors (bhairava), le nom du dieu hindou sous sa forme terrifiante. Génial, j’adore les mythologies. Shiva est souvent associé avec la « connaissance universelle, suprême et absolue« , voire un état « au-delà de la connaissance« . Le morceau dure 1:07 et sans vouloir trop revenir sur mes délires mystiques du début, ce 8 associé à l’infini lui va bien au teint. Quoi qu’il en soit, on utilise Bhairava vous détruire l’ennemi, une chouette manière de débuter un album, donc. Si l’hindouisme vous intéresse, je vous invite à vous renseigner plus sur ce sujet passionnant.

Des sons électro aux sonorités un peu mystérieuses pour ouvrir un album dont la grandeur rejoint le concept-album West Ryder Pauper Lunatic Asylum. Cela donne une bonne idée de l’album, entre travail sur les sons électroniques et des sons en boucle qui forment un écho lointain à des titres comme Reason Is Treason : on s’attend donc à des échos au premier album, pas mal d’électronique (ce que nous avait déjà dit Serge en interview en 2013) et un côté épique caractéristique de Kasabian. Un petit côté de voyage qui prolonge en fait bien Neon Noon pour rentrer dans un nouvel objet. La suite nous donne plutôt raison et ce premier titre très cinématographique, tout en urgence, donne vraiment envie d’aller plus loin.

bumblebeee

Il a été possible à un certain nombre de personnes de découvrir bumblebeee par le concert au Bataclan à Paris (voir les photos et la review). Serge a surtout expliqué que la chanson évoquait les fans.

Musicalement parlant, après un premier titre hanté et psychédélique, c’est un bon banger qui plaît déjà beaucoup aux fans, très addictif, avec un petit côté Led Zep’ et une batterie très puissante. On retrouve les fameux sons d’abeilles dont Serge a parlé plus d’une fois, un refrain puissant également. Des beats palpitants et une répétition du « yeah » comme un chant de supporter scandé. Un petit côté Prodigy aussi pas pour déplaire à notre assistance privée et l’énergie d’un premier album de RATM.

Côté paroles, si Tom clame être « en extase« , sa vie est néanmoins parsemée de combats avec des robots (coucoucoucoucou Transformers) ou des mecs en costume (thème déjà évoqué dans Cutt Off et autres). Il est amusant de constater qu’encore une fois un banger, tel Switchblade Smiles, ou Days Are Forgotten, voire même Vlad The Impaler, est en fait bien plus sombre dans le thème que ne le laisse supposer la musique qui donne juste encore de sauter dans tous les sens comme pour envoyer valser cette ombre sinistre. Chez Kasabian, on ne se laisse pas abattre par la noirceur. Et BIM dans ta face, mécréant !

stevie

Quand stevie débute, on est d’abord frappé une nouvelle fois par cette capacité de Sergio à écrire des parties pour cordes d’une grande beauté (ici du violoncelle). L’introduction m’a fait penser directement à la puissance du Darkness Rising de Raffertie, qui ouvrait le trailer de la saison 3 de Sherlock : quelque chose dans ta face tout en conservant force beauté et délicatesse. Cette petite merveille laisse ensuite place à un mélange très caractéristique de Kasabian où on a à la fois de l’électro, du ska, des guitares, des cordes le tout porté par un texte et une âme épique à souhait.

Le titre s’appelait à l’origine « Kid » avant d’être désigné par un prénom et semble porter encore cette idée de révolution lente, de mouvement que Kasabian affectionne : « And all the kids they say/Live to fight another day/Live to fight again, again, again« . Le tout se prolonge encore et encore dans un mouvement énergique (« I see the fire in your eyes« , précise Serge en arrière-plan), où les cordes reprennent plus d’ampleur avant de s’éteindre de manière plus classique. Certains y voient l’influence de Temples, j’y vois un procédé déjà usité pas mal dans le premier album, utilisé cette fois avec les forces de composition expérimentées depuis Empire. Le grand frère d’un Let’s Roll Like We Used To, une sorte de nouveau Doberman, rien de moins. Une splendeur qu’on aimerait bien voir sur scène en version orchestrale. Un titre à écouter sur vinyl très fort au casque pour profiter de tous les détails. En boucle.

(mortis)

Vous aimerez ce morceau si les langueurs de La Fée verte vous plongeaient déjà en extase. Ce deuxième instrumental prolonge la mélancholie dans un titre où on laisse volontiers son âme flotter dans cet espace sans âge, bercé par les murmures de Serge, quelque part entre une histoire de fantômes filmée (après tout « mortis » signifie « of death » en latin) et un spaghetti western. Un très beau morceau, certes court, et un bel hommage à Ennio Morricone, l’un des héros de Pizzorno.

doomsday

En toute logique, après ce passage un peu fantomatique, on arrive au jour du jugement dernier ou en tout cas la fin du monde. Et ça fait BANG BANG BANG BANG. On poursuit ce qu’on avait commencé avec Stevie : surtout ne pas laisser tomber, mais en version electro. A priori, on s’éclate plutôt pas mal le jour de l’Apocalypse, sur un rythme effrené rappelant The Chemical Brothers et Prodigy et des paroles entre révolution et mysticisme ou guerre de zombie, on ne sait plus bien : « The dead will never be alive, but the dead will always be. What you see is what you can’t believe. » Une belle danse macabre. Très addictif et épique (encore), ce titre abandonne l’orgie de sons variés au profit de très beaux cuivres et de parties au clavier. A priori, ça devrait pas mal sautiller en concert là-dessus.

Sans véritable transition, on passe à Treat, de la même manière qu’on passera ensuite à Glass, de telle façon qu’on se demande s’il faut considérer l’ensemble comme un triptyque. J’aurais néanmoins tendance à couper l’album en 3, faisant démarrer chaque partie par un instrumental.

treat

Un flow hip hop classique reprend le dessus dans cette chanson plus froide qu’elle n’en a l’air a priori. Malgré le rythme hip hop, ce qui retient l’attention est cette langueur froide électro en arrière-plan, qui rappelle que le groupe est plutôt féru de krautrock (côté Can). Après la danse macabre, on démarre sur « Everybody knows I work it/Work it like a treat » (avec un jeu sur l’expression « work a treat« ). Les voix de Tom et Serge s’emmêlent sur ce titre presque inquiétant qui se perd dans un mélange de batterie et de synthés fous. Un titre assez poignant, pense-t-on, avant de se retrouver confronté à…

glass

…où il faut admettre que l’ambiance n’est pas des plus joyeuses (Serge chante « we are all made of glass« , ou encore « come on and save me from this mournful world. save me coz I need to know I’m not alone« ). La transition se fait d’autant plus facilement que le flow hip-hop se poursuit, ainsi que quelques boucles krautrock.

Sans doute le morceau à la fois le plus triste et le plus politique que Kasabian aient jamais écrit, du moins la première fois où c’est aussi clair. Le morceau se termine sur l’intervention d’un poète invité, Suli Breaks, qui interroge après avori rappelé qu’on naissait avec des ailes sans apprendre à voler et précisé « we are going nowhere fast, we are made of glass » : « When did we stop believing? When did you stop marching? » Un petit côté à la fois désabusé et plein d’espoir pas sans rappeler l’oeuvre de Bansky.

explodes

Disponible avant l’album en téléchargement (un sampler de la chanson avait également servi pour la campagne pour G Star Raw à laquelle Sergio Pizzorno avait participé), explodes est un bad trip et/ou une insomnie d’une semaine. Après glass, faut dire, on a un peu envie de se coller une mine (à KsP on picole pas, alors on peut pas trop vous dire si ça marche). Aussi joyeuse que les chansons les plus dark de Gary Numan (qui n’a pas écrit que Cars, vous demanderez à Noel Fielding si besoin), la thématique est vite mise en place par Tom : « On and on it goes/’Til my head explodes« .

Après, la chanson décolle avec de curieux synthés assez dark, tout en laissant la place de manière régulière à de drôles de sons bruts qui prennent de plus en plus de place dans la chanson en reproduisant un peu de manière sonore cette notion d’explosion, avec une guitare puissante couverte par l’electro (un peu comme si on avait bridé l’intro de I Feel You de Depeche Mode, pour vous donner une idée de la puissance sous-jacente). Aucun doute que la chanson sera moins remarquée que les bangers, proche d’une I Hear Voices, personnelle, sombre et renfermée sur son propre univers. « You would rather die on your feet than live on your knees« . La chanson mérite clairement plusieurs écoutes ne serait-ce que pour sa fin torturée et excellente qui fait vraiment sa force.

On repart vers des cieux plus cléments avec…

(levitation)

…soit le troisième et dernier instrumental, léger clin d’oeil au western qui part dans un trip psyché tout en laissant la place à des incursions hip hop, le tout en 1 minute et 19 secondes, oui oui. Le mieux pour décrire ce titre est encore de citer ce que Serge en disait au NME : « bangers, mystical and campfire » et « Ennio Morricone meets hip hop« . C’est vraiment ça l’idée.

clouds

Si les guitares vous manquaient jusque là, voici une dose de guitares hésitant entre les 70s et les 90s. Si la base est une balade à la Beatles voire même la britpop de The Charlatans, les voix sonts transformées et l’ensemble n’est pas sans faire penser à Bolan (coucoucoucou Temples, au passage), avec une bonne partie de la chanson en basses electro et vocoder, très surprenant et assez détonnant dans cet album.

eez-eh

Comme j’aime à le répéter, eez-eh est très différente du reste de l’album et a servi à étonner le pélerin qui catalogue Kasabian un peu facilement. Typiquement la chanson qu’on adore ou qu’on déteste. Excellent titre pour danser dans tous les sens (on imagine sans problème Serge crier « JUMP JUMP JUMP » et on sourit quand cela se produit pour de vrai), fait un excellent usage du VCR3 cher à Pink Floyd. Premier extrait de l’album sorti officiellement, il bénéficie d’un clip assez fun également :

Des paroles pas tout à fait premier degré où flotte quand même un parfum de révolte (« Every day is brutal now we’re being watched by Google« ).

Une grosse bouffée d’air frais dans les concerts. Le single devait être accompagné du titre Beanz, qui sera finalement présent uniquement sur la version vinyle.

bow

Comme pour mieux marquer le contraste avec eez-eh (« easy » dit avec l’accent de Leicester), suit une chanson mélancolique par excellence, bow décrit une relation qui est partie en cendres : « close your eyes and say goodbye« , décrit le refrain, avant que la chanson ne précise « Nothing lasts forever… It’s all over now! » Il est aussi intéressant de noter que sur cette chanson, comme sur plusieurs autres de l’album, la voix de Serge se détache bien sur la musique, rendant les paroles intelligibles du premier coup et plus percutantes, rendant la peine plus perceptible : « What is this? If it ain’t love, then its over.«  Musicalement, on oscille entre hip hop, rock et electro et les claviers prennent la place des cordes pour un effet strident. La chanson se termine sur quelques notes plus douces.

S.P.S.

Meaning « scissors paper stone« . Il devient habituel – et on ne va d’ailleurs pas s’en plaindre – pour Kasabian de terminer avec une chanson plus douce et mélancolique, souvent ignorée de 90% des auditeurs, à la manière de Happiness, l’un des titres les plus sous-estimés de leur carrière. La magnifique Scissor Paper Stone, de par l’usage des initiales, renvoie également à L.S.F. Musicalement, il y a un léger écho au premier album, surtout dans l’intro, mais on est plus dans les Beach Boys pour les tonalités (ceux qui ne connaissent pas citeront Oasis à tort) ou même certains beaux titres de Blur.

Cette chanson, l’une des plus belles de l’album, évoque selon Sergio les moments passés dans le tour bus avec Tom tard dans la nuit à parler de choses et d’autres. Guitares acoustiques et paroles toutes douces au menu « Didn’t we all have such a good time?/I know there’s time for one more song/Let’s play at paper scissors stone« . Une splendeur : un peu de nostalgie, juste ce qu’il faut, pour la chanson-cocon de l’album, choeurs à l’appui (d’où mon rapprochement avec Happiness). Let’s make a big hug all together, ta!

 

Ecoutez le sampler de l’album :

48:13 est sorti le 9 juin 2014.

Kasabian – Facebook