KASABIAN PARADISE

Interview | Kasabian – Tom et Serge – 2009

Interview exclusive avec Tom et Serge : « Ces quatre années ont été dingues, c’est sûrement pour ça qu’on a fait un album dingue. »

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– par Delphine VAN BRACKEL et Hélène SANTI, photos : Delphine VAN BRACKEL –
A l’occasion de la promo parisienne de West Ryder Pauper Lunatic Asylum, nous avons rencontré Tom Meighan et Serge Pizzorno à leur hôtel. Un air de jazz doux en arrière-plan, ambiance détendue et feutrée.

Kasabian’s Paradise – Comme tout groupe de rock traditionnel, vous avez un rôle précis sur scène. Mais comment travaillez vous en studio ?

Tom – Comme des bêtes…

Serge – Ouais, très dur… on n’arrête pas d’enregistrer.

Est-ce que chacun a un rôle, comme sur scène ?

Tom – En fait, on n’est pas paresseux en studio, on ne déconne pas, on fait vraiment notre boulot. On est très critiques envers nous-mêmes, et je suis très professionnel, désolé Serge. Je peux lui demander si le chant est bon au moins cinquante fois. Je veux être sûr que ça lui va. Nous voulons être les meilleurs possible.

Serge – On travaille comme des partenaires. Vous voyez, pourtant Tom sort, reste éloigné du projet comme s’il était allé à la guerre mais revient enrichi.

Kasabian’s Paradise – Il semble y avoir une vraie alchimie entre vous sur scène, y compris avec Jay (Mehler, guitariste), qui travaille avec vous depuis 2006. mais son rôle au sein du groupe n’est pas vraiment défini… est-il un membre de Kasabian ou pas ?

Serge – Non, il est seulement musicien additionnel. Il a joué sur deux morceaux de West Ryder.

Alors il joue juste avec vous en tournée et part de son côté…

Serge – Voilà, il fait ses propres trucs… Le Révérend. * (rire).

Kasabian’s Paradise – Vous avez passé quatre ans sur les routes, en quoi cette expérience vous a-t-elle inspirés pour cet album ?

Serge – Je ne me rappelle pas de quelque chose en particulier… il y a toujours des changements dans ta vie, sans que tu t’en rendes vraiment compte, donc ça a dû m’influencer d’une certaine façon, mais je ne peux pas dire exactement en quoi ça l’a fait. Je pense qu’il y a toujours une partie de moi qui garde à l’esprit ces chansons qu’on a jouées en concert. Peut être que ça a compté aussi. Ces quatre années ont été dingues, c’est sûrement pour ça qu’on a fait un album dingue.

Tom – Il y a… il a tout dit. (rit)

Tom, est-ce que tu écris aussi ou donnes des idées ?

Tom – Je le fais oui. J’ai des chansons mais elles ne seront utiles que lorsque j’aurai à peu près quarante ans, pour un album de chansons d’amour, donc elles ne sont pas très pertinentes pour l’instant… (rire)

Serge – (rire) …album de chansons d’amour…

Kasabian’s Paradise – Il s’est passé trois ans entre la sortie d’Empire, votre précédent album, et West Ryder. Vous l’avez d’abord produit vous-même, puis avez demandé au producteur Dan « The Automator » Nakamura, de travailler dessus. Quelles sont les différences entre la première version de l’album et celle qui va sortir ?

Serge – Rien d’important musicalement. Je pense que Dan est plus direct, il va plus vite à l’essentiel. Je pense que c’est la principale différence. Il a en quelque sorte déblayé l’album…

Tom – Il est plus énergique, le chant est plus percutant, il n’y a pas de blancs inutiles.

Serge – Il est vraiment provocateur et sûr de lui, il va droit au but, il est vraiment franc. C’était super de travailler avec lui, d’aller à San Francisco, dans son studio. On a enregistré d’abord à Leicester et ensuite un peu à San Francisco. Là où il a vraiment aidé, c’est avec la voix de Tom. Son interprétation est remarquable. Je pense que son calme et sa façon de travailler ont beaucoup aidé. Il est très doué.

Tom – Il ne m’a pas vraiment poussé à bout… Je pense qu’on a vraiment travaillé de manière calme et posée. C’est sûrement ce dont j’aurai besoin à l’avenir.

Serge – Je pense que sa manière d’être en général, surtout son calme, il garde son sang-froid tout le long, il n’a pas de hauts et de bas, il reste toujours stable, je pense que ca aide. Parfois quelqu’un dira « oh, c’est fantastique ! », mais lui ne le dit jamais. Alors on se demande pourquoi il ne trouve pas cela fantastique parce qu’il ne dit jamais rien. Et ca aide en quelque sorte…

Tom – Oui, il m’a aidé à conserver le cap, mais avec tact.

Kasabian’s Paradise – A propos du nouvel album, une des compositions les plus originales est certainement Ladies and Gentlemen. La musique ressemble à celle d’une ballade romantique, mais les paroles semblent avoir un sens caché. Est-ce le cas et, si oui, lequel est-ce ?

Serge – En fait, ça parle du dernier homme qui reste au bar et qui réfléchit sur la vie, sans rien faire. Il a peut être trop bu et bien profité, il devrait partir. C’est un peu un…

Tom – …une sorte de tirade non ?

Serge – Oui, en fait c’est un peu l’idée « ne prend pas la vie trop avec trop de sérieux et, même si la nuit dernière était un cauchemar, c’était quand même super ». Ca parle de ça.

Kasabian’s Paradise – En général, vous citez des groupes des années 60 et 70 comme influences sur cet album. Mais sur Happiness, on peut aussi entendre des chœurs gospel. Est-ce que le gospel est une influence majeure pour vous ?

Serge – Oui, (regarde Tom) surtout pour toi !

Tom – Surtout pour moi oui, parce que j’ai grandi en écoutant de la musique noire américaine et tout… mais cette chanson, Happiness, pour moi, ressemble à du Lou Reed dans la manière dont Serge la chante, à la fois sérieux, sombre et beau à la foi, comme A Perfect Day… ça n’est pas trop confidentiel, plutôt accessible…

Serge – C’est un peu une chanson d’église, je la vois bien jouée dans une église.

Tom – Oui, c’est notre Perfect Day, c’est la même envergure.

Serge – Je comprends, c’est juste la beauté de voix mêlées aux instruments, c’est rempli d’émotions et ça te transporte.

J’ai lu que tu l’avais écrite très jeune, vers 20 ans ?

Serge – Oui, très jeune, quelque chose comme 20 ans, et ça me rappelle que ça fait déjà huit ans. Et c’était très différent à l’époque. Une illumination comme une part de moi, une nuit d’ivresse j’ai juste pris ma guitare et c’est venu de nulle part. J’ai pensé « c’est plutôt bon en fait », j’en ai fait plusieurs versions qui n’étaient pas bonnes, puis nous avons trouvé cette sorte de gospel…

Tom – comme évident…

Serge – Oui, comme une prière… enfin, non, pas une prière mais plutôt s’imaginer la chanson jouée dans une église du Mississipi ou ailleurs… à Tulsa, au Sud de la Géorgie…

Tom – C’est comme un gros câlin, comme quelqu’un qui te fait un câlin, qui te porte (Serge approuve). Comme une mère et son enfant (Serge rit un peu), consciencieuse, une mère et son bébé, c’est très chaleureux, poignant.

Kasabian’s Paradise – Le single Fire sortira le 1er juin et sera accompagné d’une face b encore inconnue. Pouvez-vous nous en dire plus là-dessus ?

Serge – Il y aura une face b appelée Road Kill Café. Il y aura aussi une version de Runaway, une vieille chanson de Del Shannon, une magnifique chanson, enregistrée à l’Union Chapel. C’est assez différent de ce qu’on fait, mais il y a une vraie fraîcheur dans cette version. Road Kill Café, que nous venons juste d’enregistrer, ressemble à du Cream, elle aurait pu figurer sur le White album (ndlr : des Beatles, si besoin est de le préciser ;)).

Tom – Ouais, ca fait très Cream, et Serge est vraiment sexy dessus. Elle aurait pu figurer sur l’album en fait, elle se glisse bien au milieu des autres chansons (Serge approuve).

Kasabian’s Paradise – Vos faces b sont inventives et originales. Comment travaillez-vous dessus ? Essayez-vous de faire quelque chose de différent ?

Serge – Oui, toujours. Ce truc c’est vraiment l’opportunité d’expérimenter, d’essayer différentes choses, et je pense qu’on n’en fait jamais assez sur les faces b. Je pense que c’est l’opportunité d’être encore plus fou, démentiel, c’est là que tu l’occasion de donner dans la démence. Tu as l’album et puis ça, des bouts de connerie folle.

* The Reverend est visiblement un surnom donné à Jay, une private joke. Dans une interview accordée à l’édition japonaise du Times, Serge expliquait : « Jay is a top man, he’s the American reverend, he’s insane. He’s a certified reverend, a religious man. It’s nice having a portable reverend on tour ’cause he can take confession and bless you. »

Kasabians’s Paradise – A quoi ressemble la pochette de l’album et qui l’a faite ?

Serge – Elle est foutrement magnifique.

(Serge nous demande si nous l’avons déjà vue, nous répondons par la négative puisqu’elle ne sera en effet publique que le lendemain, il nous explique qu’il nous laissera jeter un œil après l’interview.)

Tom – C’est très iconique.

Serge – W.I.Z. l’a faite, il a déjà fait les clips de Club Foot et Empire. Et on est costumés : on est habillés comme si on allait au bal costumé au West Ryder Asylum, donc on se prépare pour aller à cette soirée.

Kasabian’s Paradise – Serge, tu as dit dans une interview à propos de la sortie de West Ryder : « maintenant il est temps de détruire le système de l’intérieur« , et vous vous référez aussi souvent à la culture hippie. Est-ce que le groupe a un intérêt particulier pour la contre-culture et quelle est votre opinion là-dessus ?

Serge – Je pense que, pour une majorité, on fait un peu partie de la contre-culture parce qu’on est le seul type de groupe qui vend des disques qui a le courage de changer…

Tom – …qui est à part…

Serge – …et d’être différent. Le troisième album c’est celui où on commence à se prendre au sérieux, à écrire de la musique pour la radio et on devient ces crétins de…

Tom –U2 ou Coldplay, on devient ces groupes là, et le truc c’est qu’on n’a jamais été un groupe commercial, on est un peu underground pour ça, on ne ressemble pas aux Pretty Things ou aux Rolling Stones, je nous vois plus comme les Who, je ne pense pas que les Who aient jamais écrit pour la radio. Mais en tout cas, on est ce mélange là, ce qui veut dire… je ne sais pas ce que ça veut dire, on a ce truc avec les gens, peut être est-ce la manière dont on transporte les gens avec nos chansons. Je pense que c’est parce qu’on les envahit, c’est ce qu’on aime, on les élève et on les laisse épuisés après le concert. Je ne connais pas beaucoup de groupes qui font ça de nos jours, pas avec la même urgence que celle qu’on a, c’est dans notre musique aussi. Je pense que c’est pour ça que ça marche.

Serge – Je pense que c’est ce qu’on est, d’où on vient.

Tom – On est très underground.

Serge – Tous les groupes que nous aimons, ils sont tous des années 60, tous les meilleurs groupes, les grands groupes ont eu ça en eux aussi, ils donnaient aussi l’envie de se déchaîner.

Tom – On n’est pas un groupe underground, je veux dire, la façon dont on fait nos albums… le premier album était underground…

Serge – On l’a approché de cette manière.

Tom – Oui, on l’a approché de cette manière… comme je l’ai dit, peut être que ça a payé…

Serge – On en a tenu compte…

Tom – Ouais, on l’a fait, on est complètement à l’opposé des autres. On approche l’underground, c’est vrai, on s’en approche toujours. On n’y peut rien si les gens aiment, c’est parce que c’est stimulant. Avec cet album, on voulait faire un disque moderne du vingt-et-unième siècle qui tienne compte de ces influences, d’où on vient : le monde de la musique du dub au rock and roll en passant par le hip hop et la drum and bass. Je pense que c’est juste un disque moderne, mais avec des références et iconiques de l’Angleterre d’aujourd’hui et d’hier (Serge approuve : complètement), et la musique autour de nous vient d’aussi loin que la crèche, c’est pas un album pour la crèche, c’est juste comme ça et je pense qu’on a frappé dans le mille.

Kasabian’s Paradise – Au début de votre carrière, vous aviez déjà une bande de fans appelée The Movement. Ils vous ont même aidés à promouvoir le groupe. Est-ce que ce Movement est toujours significatif pour vous aujourd’hui ?

Serge – Le nom nous a été donné, on l’a juste repris, mais c’était juste des fans, des fans qui nous aimaient assez pour nous aider à répandre le message, et c’était super, c’est vraiment super d’avoir ca…

Tom – Wow, the Movement, c’était… (Tom se souvient en sourire)

Serge – C’était vraiment excitant, on se comportait un peu comme des punks…

Tom – Ouais, c’était du genre « il y a une soirée à tel endroit ce soir, les meilleurs groupes vont y jouer »…

Serge – Et ils ont relayé le message, c’était génial, ça l’est toujours…

C’est assez rare de voir un groupe qui considère autant ses fans…

Serge – On n’est pas géniaux, on n’est pas vraiment présents sur le net, on ne s’exprime pas beaucoup, mais ce qu’on essaie de faire, à notre façon, c’est de faire le plus de concerts et d’aller dans le plus de villes possible, grandes et petites, et on continue d’essayer de faire de la musique qui inspire et qui est différente, c’est ce qu’on fait, c’est comme ça qu’on transmet notre message. C’est parce qu’on n’est pas ce genre de personne qu’on essaie de continuer à faire quelque chose d’excitant, d’aller de l’avant.

Kasabian’s Paradise – Vous avez déjà fait quelques « warm up » (ndlr : concerts pré-tournée) avant la tournée anglaise, vous allez en faire un à Paris le 25 mai et ce sera le seul warm up en Europe. Est-ce votre choix ou celui de votre manager ?

Petit rire de Tom.

Serge – Il me semble que nos disques ont bien été reçus en France. Toutes les interviews que nous avons données ont été positives et on a eu de très bonnes critiques…

Tom – Pas comme en Allemagne où c’était assez différent…

Serge – …donc pour nous c’est un bon endroit pour commencer. Paris nous a toujours réussi.

Kasabian’s Paradise – Tom, qui incarne pour toi le showman parfait de la génération précédente, et pourquoi ?

Tom – Zach de la Rocha, des Rage Against the Machine, était terrible, … J’aime Kurt Cobain aussi, j’adore Liam Gallagher parce qu’il était une icône pour nous sur scène, il est fantastique dans ce domaine. Ces trois showmen sont ceux avec lesquels nous avons grandi et ils ont probablement eu une influence sur moi… Je ne sais pas, j’ai grandi en écoutant de la funk, du hip hop, de la soul… Donc oui, je suis la synthèse de ces trois showmen.

Serge (l’admire) C’est génial.

Kasabian’s Paradise – Vous allez commencer la tournée anglaise de West Ryder le mois prochain, jusqu’à mi-juillet. Où allez-vous tourner après ? Irez-vous directement en Europe ou aux États-Unis ?

Serge – Je crois qu’on doit se rendre au Japon et en Australie après, puis en Amérique et enfin en Europe, en octobre je crois… Mais tout peut changer. Mais pour l’instant, c’est une grande tournée européenne en automne, à partir d’octobre, qui est prévue. On est vraiment impatient de tourner avec cet album, je pense que ca sera une super bonne expérience, avec trois albums à jouer, ça va être la folie.

Tom – On a travaillé dur sur ce disque, on est allés de l’avant, on a fait le disque qu’on a toujours voulu faire. C’est comme Radiohead après le premier album, ils se sont toujours améliorés, et là nous avons notre équivalent de OK Computer, le meilleur album qu’on pouvait faire. Je pense qu’il est iconique et que c’est un classique et j’espère que c’est un putain d’album et la beauté en lui-même aussi. Je pense que ca va paniquer les gens plus qu’autre chose, cette espèce d’attitude lad-rock, les choses se mettent en place maintenant, on est un groupe sérieux. C’est la célébrité, et c’est tout ce que je voulais ajouter. Et dites sur votre site que chaque fan doit être fin prêt pour ça.

En bonus voici une dédicace de Tom et Serge pour les lecteurs de Kasabian’s Paradise, cliquez pour accédez aux photos.

L’équipe de Kasabian’s Paradise remercie chaleureusement Kasabian, leurs managers ainsi que toute l’équipe de Sony BMG pour leur disponibilité et leur gentillesse.

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